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03.05.07 Vols habités
Astéroïdes contre Mars
 
Et si la première mission habitée au-delà de la Lune n'était pas à destination de Mars. Cela peut faire sourire, mais si on se projette à 50 ans, force est de constater que la planète Mars n'apparaît pas comme la destination la plus pertinente pour l'humanité.

Bien que Mars se doive être une frontière franchie rapidement, les astéroïdes proches de la Terre sont une destination bien plus pragmatique dans le cadre d'un programme à long terme de colonisation du Système Solaire.

Explications

D'un point de vue scientifique, il n'échappera à personne que l'étude de la Lune, de Mars ou d'astéroïde (s) ne répondent pas aux mêmes objectifs majeurs.

Comme expliqué dans notre article L'Europe jette de nouvelles bases pour son programme à long terme, la Lune conserve dans les cinq premiers mètres de son sous-sol toute son histoire. De fait, cela peut nous aider à comprendre l'histoire de la Terre et de l'apparition de la vie.

Quant aux astéroïdes et noyaux de comètes, ils sont les objets les plus primitifs du Système Solaire. On suppose qu'ils conservent les traces des processus physiques et chimiques qui ont eu lieu lors des premières étapes de la création du Système Solaire. On présume qu'ils ont grandement favorisé l'émergence de la vie sur Terre pendant le Grand Bombardement, une période qui a duré plus de 700 millions d'années après la formation du Soleil et où 14 millions d'objets ont percuté la Terre et l'ont enrichie en différents matériaux.

Le cas de Mars

Mars, est une planète à part pour l'homme. Sa proximité à la Terre, ses caractéristiques qui la rendent habitable et son histoire en font un objectif fondamental pour la recherche scientifique et une destination obligée des futurs explorateurs du Système Solaire.

De fait, il existe un programme international qui vise à mieux comprendre cette planète au travers de tous ses paramètres (atmosphère, surface et tout récemment sous-sol) de façon à retracer ainsi l'histoire complexe de son évolution depuis sa formation. L'autre intérêt pour les scientifiques est de faire de la planétologie comparée de façon à chercher sur Mars des réponses à des problèmes qui affectent la Terre.

Cette connaissance approfondie de Mars n'a pas d'autre but que de réussir à la terraformer, c'est-à-dire la rendre habitable pour l'homme. Cependant, bien que ce scénario soit théoriquement possible, il n'est pas réalisable avant plusieurs siècles.

Notez que si la face cachée de la Lune est idéale pour installer des observatoires, surtout radio astronomiques à l'abri des interférences terrestres, l'installation d'instruments scientifiques sur Mars, autres que ceux dédiés à son étude et celle de ses lunes, Phobos et Deimos, ne présente aucun intérêt.

Mais après

L'exploration humaine du Système Solaire qui doit débuter en 2020 avec le retour de l'homme sur la Lune et l'envoi d'un premier équipage autour ou sur Mars, vraisemblablement d'ici à 2030 visera dans un premier temps à faire de la science ailleurs que sur la Terre et éprouver quelques technologies novatrices nécessaires à la poursuite de cette exploration. S'ensuivra la construction des premières installations en dur nécessaires au support de cette colonisation.

Au début cette colonisation du Système Solaire se fera à fond perdu, l'aspect économique et sociétal de cette exploration sera au centre des décisions prises lors des étapes suivantes qui verront des hommes partir pour des missions de plusieurs années avec la possibilité pour certains de ne pas revenir sur Terre.

Mettons de côté les premières missions habitées qui répondront plus à des considérations d'orgueil national, de savoir-faire pour nous intéresser aux missions des années 2050 qui se devront d'être plus pragmatiques dans leurs objectifs. Des projets de cette ampleur se préparent bien en amont. S'il est trop tôt pour définir une feuille de route, les chefs des agences spatiales sont bien conscients que les retombées économiques devront être à la hauteur des investissements consentis.

En 2050, cette conquête sera bien amorcée, irréversible sous peine de voir l'humanité régresser et se replier sur elle-même. Une conquête qui se voudra d'une importance et d'une durée sans limite. L'idée que l'homme n'irait pas dans l'espace ou que ce n'est pas une priorité est un faux problème puisque, de toute façon, c'est comme la découverte des océans. C'était dangereux de traverser l'océan et de découvrir l'Amérique. C'est sans doute dangereux d'aller dans l'espace puisque ce n'est pas un milieu naturel pour l'homme, puisqu'on ne peut y vivre comme sur terre.

L'envoi de l'homme dans l'espace devra répondre à des buts autres que l'analyse de cailloux. Quand l'ESA ou la NASA placent un télescope en orbite, on peut être certains que ces données fourniront du travail à des centaines de chercheurs pendant au moins 2 décennies et occuperont d'autres corps de métiers. De fait, même si les retombées économiques ne sont pas à la hauteur de l'investissement initial, les retombées en termes de savoir et d'avancées technologiques avec à la clé le dépôt de brevets ne sont pas négligeables.

Dans un premier temps, une feuille de route devra mener à l'installation de bases martiennes en dur et de postes avancés sur quelques astéroïdes proches de la Terre dont les orbites les rapprochent suffisamment de la Terre à intervalles réguliers de façon de les rejoindre en quelques mois.

Ces deux destinations prépareront la prochaine étape de la colonisation du Système Solaire et répondront alors à des objectifs diamétralement opposés de sorte que l'on assistera à une nouvelle vision de l'exploration humaine du Système Solaire bien loin que celle qui nous anime aujourd'hui. On parlera alors de choix de société à l'échelle d'un pays, voire d'un ensemble de pays.

Le commerce, moteur de l'exploration humaine du Système Solaire

Aujourd'hui, la recherche scientifique et dans une moindre mesure les avancées technologiques sont les piliers de l'expansion humaine hors de la Terre.

Mais plus tard, le commerce sera un des moteurs de cette expansion. L'histoire de l'humanité nous apprend que l'homme moderne n'a jamais cessé de vouloir commercer avec ses semblables nécessitant d'ouvrir de nouvelles routes commerciales. Tous nos lointains explorateurs n'avaient pas d'autre but que de tracer de nouvelles routes commerciales. Il en sera de même pour le futur de l'humanité.

Le meilleur exemple est là, à côté de nous : la fonte des glaces dans l'Arctique. Aujourd'hui, le réchauffement climatique de la Terre affecte de nombreuses régions du globe avec des conséquences écologiques et environnementales indéniables mais stratégiques également !

Les glaces de l'océan Arctique marquent un retrait réel depuis une dizaine d'années, que ce soit dans l'archipel canadien ou au nord de la Sibérie russe. Une certaine incertitude demeure sur la pérennité du phénomène et sur sa vitesse réelle. Mais les scientifiques sont maintenant globalement d'accord sur ce point : avec les changements climatiques, la banquise permanente de l'océan Arctique, du moins dans le secteur de l'archipel canadien, devrait disparaître d'ici vingt ans environ. Seule subsisterait une banquise d'hiver, dont l'étendue et le calendrier demeurent encore inconnus. Les climatologues prévoient que l'océan Arctique pourrait être libre de glaces durant l'été d'ici 2050.

Cette nouvelle donne climatique entraîne d'importantes répercussions au niveau du Passage du Nord-Ouest, notamment en regard de la navigation commerciale. Si les glaces disparaissent au cours des prochaines années, cette route maritime deviendra praticable et permettra de réduire de façon considérable la distance entre l'Europe et l'Asie par rapport au trajet du canal de Panama, avec une réduction majeure des coûts associés au transport maritime.

Rien ne justifie une installation humaine sur Mars

Autrement dit, d'un point de vue économique, rien ne justifie une installation humaine sur Mars. Les ressources naturelles de cette planète ne seront d'aucune utilité aux Terriens. La colonisation de Mars répondra alors à d'autres objectifs suivant l'exemple de ce que nous a appris l'histoire de l'humanité.

Une fois l'homme établi sur Mars, de petites colonies prendront possession de la planète rouge. A l'instar de ce qu'a connu l'homme, un virage se dessinera de sorte que les relations avec la Terre s'éteindront progressivement. La colonie qui comptera plusieurs milliers de membres aura bien mieux à faire que commercer avec la Terre. Si certaines de ces colonies se développeront, s'adapteront à leur environnement pour finalement s'affranchir du soutien fourni par la Terre, d'autres disparaîtront.

L'histoire de l'humanité est pleine d'histoires de ce type de colonisation de nouveaux territoires qui réussissent ou qui échouent. Par exemple, les colons français qui se sont installés aux Canada ont réussi à perdurer alors que ceux débarquant en Amérique du Sud ont été laminés par le climat et les maladies.

Cependant, vivre ailleurs "comme sur Terre" est-il bien un but raisonnable ? Les colons venus d'Angleterre ou d'Ecosse ont-ils abordé les côtes américaines pour y vivre comme en Angleterre ou en Ecosse ? N'était-ce pas plutôt pour s'y installer et y vivre différemment, sinon mieux ? L'espérance d'une vie meilleure a, de tout temps, été le moteur de toutes les migrations humaines, et cette notion de "meilleur" peut très bien être représentée par la seule valeur ajoutée de nouveaux territoires, de nouvelles conquêtes. Gageons que nous touchons là du doigt la véritable motivation de la conquête de l'espace.

L'intérêt de se poser sur un astéroïde

L'exploitation des astéroïdes se justifie pleinement parce que leurs sous-sols sont riches en matériaux rares et que leur exploitation sera économiquement viable à long terme. Mieux encore, l'installation de postes avancées permettra à une petite colonie d'explorer le Système Solaire au gré de l'orbite de l'astéroïde. De fait, leur exploitation commerciale est inéluctable, notamment des combustibles destinés à l'industrie spatiale alors en pleine croissance.

Signalons que par le passé la NASA a mené un sondage infrarouge d'un grand nombre d'astéroïdes proches de la Terre. Officiellement, il s'agissait d'un programme purement scientifique. Mais, notez que si l'on souhait découvrir des signes de l'activité d'une civilisation extraterrestre, on ne se serait pas pris autrement. Cette approche n'a pas été anodine. L'utilisation d'un astéroïde comme moyen de transport pour se déplacer à travers le Système Solaire n'est pas une si mauvaise idée. On connaît des astéroïdes dont les orbites les amène régulièrement près de la Terre, Mars, la Ceinture d'astéroïdes et/ou Jupiter.

Or à cette époque, il est vraisemblable que l'on saura capable de modifier l'orbite des astéroïdes. De fait, il n'est pas utopique de penser qu'un astéroïde sera utilisé comme moyen de transport entre la Terre et Jupiter. L'objectif étant de dévier sa trajectoire une seule fois, pour le rapprocher de la Terre et autoriser un transfert de la colonie sur la planète.

Un autre aspect de la colonisation du Système Solaire

Cette expansion de l'humanité sera également rendue nécessaire par la surpopulation terrestre. Cette colonisation de l'espace qui vise à accéder à de nouveaux territoires ne sera pas une migration massive mais, elle sera suppléée à la capacité de la planète Terre. Elle visera à alléger de façon permanente la pression qui s'exerce sur les ressources naturelles de la terre.

Plusieurs études de prospectives montrent que d'ici une centaine ( d'années ? ) environ 20.000 personnes vivront dans l'espace, hors de la Terre. Certaine de ces personnes n'auront jamais mis pied sur Terre.


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