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| | | | | 07.03.08 | Interview de Thierry Vallée, le Directeur Des Opérations pour le vol ATV | | | Thierry Vallée, le Directeur Des Opérations de la mission ATV, répond aux questions de flashespace et nous explique son rôle à quelques jours de son lancement.
Le Directeur Des Opérations
Plus communément appelé DDO, le Directeur Des Opérations est connu du grand public pour être la personne qui conduit la chronologie finale du décompte jusqu'à la phase du décollage du lanceur. Il ne s'imagine pas un insta nt que son rôle 'débute plusieurs mois avant le départ du lanceur, lorsque le satellite arrive en Guyane'. Dans le cas de cette mission atypique, Thierry Vallée a pris les rênes du projet en 2004 !
Thierry Vallée explique au Président de la République, très attentif, les images dun décollage projetées sur le mur dimages opérationnel. Crédits ESA / CNES / Arianespace - Service optique CSG
Le DDO est ni plus ni moins le responsable de l'organisation liée à la préparation du satellite jusqu'à son lancement et le retour dans leurs pays d'origine des personnels et matériels déployés au CSG par le client. 'Je suis en quelque sorte le chef d'orchestre de l'organisation opérationnelle pour le lancement. Entouré de nombreux collaborateurs, je veille à ce que la partition de la campagne soit bien jouée par tous'.
Lorsque le satellite arrive en Guyane, le DDO 's'assure que les opérations de préparation se déroulent de manière nominale de façon à ce que tout soit prêt pour le jour du lancement'. Pendant la phase propulsée et jusqu'à la mise en orbite, le DDO 'suit alors tous les paramètres du vol'.
Dans le cas de l'ATV, le DDO a du :
- Organiser l'arrivée des personnels de l'ESA et d'Astrium ; - Gérer le débarquement et la mise en œuvre opérationnel de quelques 500 tonnes de matériel ; - S'assurer de l'assemblage de l'ATV. Le module propulsif et le module pressurisé sont arrivés dissociés ; - Contrôler les opérations de remplissage en carburant ; - S'assurer du bon déroulement des opérations de chargement du matériel et du fret qui seront livrés à la Station : 1. 280 litres d'eau ont été versés dans les réservoirs ; 2. La cargaison solide a été chargée dans le module pressurisé ce qui représente quelques 1300 kg de matériel divers destinés à l'équipage, dont de la nourriture (550 kg), des vêtements (80 kg), des pièces de rechange, etc.
Après cette étape, ATV a été rempli d'une masse record de 6730 kg de carburants, ouvrant la voie à son intégration sur le lanceur puis à son transfert sur la zone de lancement (ELA-3)..
Adaptation du CSG à l'ATV
L'ATV ne ressemble en rien à un satellite. Du fait de sa taille et de la particularité de sa mission de transport de fret, 'le CSG a procédé à certains aménagements'. L'Ensemble de Préparation des Charges Utiles, le bâtiment à l'intérieur duquel les équipes du CSG, d'Arianespace et du client préparent les satellites a été utilisé pour assembler l'ATV. Comme l'explique Thierry Vallée dans le (octobre 2007) :  Photo souvenir devant l'ATV pour l'équipe en charge de sa préparation au CSG. Crédits ESA / CNES / Arianespace - Service optique CSG
'l'EPCU est prêt à accueillir l'ATV depuis sa conception et sa création à la fin des années 90, par exemple en terme de hauteur de passage des portes. Dans le bâtiment S5C, 700 m² de salle blanche se réservent à la préparation de l'ATV et un local propre est dédié à l'accueil du fret avant son chargement dans l'ATV. Noeud de convergence entre les différents réseaux, notamment avec le Centre de Contrôle de Toulouse, l'ESA et Astrium, le S5C est la base avant des opérations. Le S5B pour sa part est adapté aux remplissages de l'ATV puisque le Jules Verne est le premier véhicule spatial à être rempli au CSG avec des ergols russes, selon des méthodes et avec des équipements russes utilisés à Baïkonour mais adaptés à la législation française en terme de sauvegarde'.
Cependant, le laboratoire de chimie a du faire évoluer ses capacités d'analyse d'ergols et de gaz destinés à approvisionner l'ISS et ses astronautes. L'Institut Pasteur de Guyane a été qualifié par l'ESA, la NASA et RSC-Energia pour réaliser les analyses d'eau potable ainsi que les analyses microbiologiques certifiant l'aptitude au vol du cargo dans le module pressurisé.
Stations de télémesure
Un des aspects le moins connu de tous les lancements concerne l'utilisation de station de télémesures mises en œuvre pour couvrir la trajectoire des lanceurs. Dans le cas de l'ATV '4 années ont été nécessaires pour définir l'emplacement des stations, établir le contact avec les interlocuteurs locaux, adapter et déployer les moyens'
La mission
Le profil de la mission est différent du lancement d'un satcom. 'On va lancer en direction du nord-est, ver une orbite inclinée à 51,6°' Ce sera la troisième fois qu'Arianespace lance sous cet azimut. Topex- Poséidon l'avait été à 66° et XMM-Newton à 40°.
Ce premier exemplaire de l'ATV est 'avant tout un prototype. On ne va pas l'utiliser au maximum de ses capacités d'emport'. Ce vol servira à confirmer le modèle mécanique de l'ATV aussi bien que 'le lanceur qui dans cette configuration effectuera son premier vol'.
L'Ariane 5 utilisée pour lancer les ATV diffère de l'Ariane 5 ECA. L'Ariane 5 ATV (ES) est un lanceur qui possède le même composite inférieur que l'Ariane 5 ECA avec les propulseurs d'appoint à poudre équipant cette version du lanceur ainsi que le même étage principal cryotechnique, avec le moteur Vulcain-2 amélioré. Seul le composite supérieur est différent.
Pendant la campagne de préparation de l'ATV à Kourou, les ingénieurs ont constaté 'des choses à améliorer'. Mais ce n'est pas tout. L'ATV n'est pas tout jeune ! Sa conception à près de 10 ans de sorte que 'des équipements sont d'ores et déjà obsolètes et devront donc être remplacés pour la construction du deuxième ATV'. Prévue pour durer 6 mois, la mission de l'ATV sera suivie sous tous ces aspects.
Pour Thierry Vallée, l'aventure ATV s'arrêtera fin mars avec le départ des équipes venues d'Europe. Il organisera le retour en Europe d'une partie du matériel, qui 'sera utilisé pour la construction des prochains ATV' et entreposera l'autre partie qui restera à Kourou pour les missions suivantes. 'On travaille sur une date de lancement en avril 2010 mais qui pourrait être anticipée s'il y avait des besoins impératifs pour la Station spatiale'.
Mission ATV : 3 allumages d'Aestus
Le lancement de l'ATV est prévu le 9 mars. A proprement parler, il n'y a pas de fenêtre de tir. Pour atteindre la Station, on peut lancer 'chaque jour mais avec une précision de 1 seconde'. Autrement dit, à 1 seconde près on rate la Station !. Aujourd'hui, on connaît l'heure et la minute à laquelle on va lancer mais la seconde sera connue que 2 ou 3 jours avant le lancement.
Le lanceur décollera à H + 7,4 s avec l'allumage des EAP. L'ATV sera séparé sur une orbite circulaire de 260 km d'altitude environ 1 heure et 7 minutes au large de la Nouvelle Zélande après '2 phases propulsées et une phase balistique passive'.
Le premier allumage de l'étage à propergols stockables se produit après la séparation de l'étage principal cryotechnique. Le moteur Aestus de l'étage supérieur effectuera une première impulsion de 8 minutes pour atteindre une orbite elliptique (136 km × 260 kilomètres) à H + 541 secondes.
La séparation de la coiffe a lieu 209 secondes après le décollage , à quelque 130 km d'altitude. A cette altitude, 'il n'y a plus d'effets thermiques sur ATV'. Ils se font ressentir jusqu'à 120 km d'altitude environ.
Le moteur est ensuite coupé et le composite VEB-EPS-ATV entame une phase balistique d'environ 45 minutes, à la fin de laquelle l'étage à propergols stockables se rallume brièvement, pendant 30 secondes, avant la séparation de l'ATV et son injection sur l'orbite terrestre basse visée à 260 km d'altitude (circulaire). 'L'ATV utilisera alors son propre système de propulsion pour rejoindre la Station'.
Un troisième et dernier allumage, de 20 secondes, doit enfin permettre le retour du composite VEB-EPS, pratiquement vide, dans l'atmosphère terrestre. 'Il se désintègre alors en toute sécurité au-dessus de l'océan Pacifique'.
Si le premier allumage ne s'effectue pas, 'c'est alors la catastrophe : l'ATV tombe à l'eau'. Par contre, si le deuxième allumage échoue, ce n'est pas dramatique. L'ATV sera séparé sur une orbite elliptique. Il utilisera ses propres moteurs pour se circulariser. Problème, il 'utilisera le carburant qui aurait servi normalement à rehausser l'orbite de la Station', une des fonctions pour laquelle il a été conçu. Note
Le rallumage réussi du moteur Aestus a été expérimenté pour la première fois en conditions réelles de vol et représentatives de la mission ATV lors du dAriane le 5 octobre 2007.
Thierry Vallée
Sorti en 1994 d'une école d'ingénieurs en sciences informatiques, spécialiste temps réel, Thierry Vallée effectue son service militaire au Centre Spatial Guyanais, à Kourou (1995 / 1996) En 1997, après l'échec L501, il travaille pour le CNES et Astrium sur le programme de vol d'Ariane 5 pour le sécuriser. De 1998 à 2000 il travaille chez Thalès Alenia Space à Cannes sur le programme Jason 1 en qualité de Concepteur du segment sol de test du satellite puis il devient responsable du développement du produit de mise en maintien à poste des satcoms de Thalès.
Depuis 2001 il travaille au CSG à Kourou.
L'ATV est sa 7ème campagne de lancement. Il sera DDO du premier satellite construit au Japon (par MELCO) lancé à Kourou (Superbird 7) et en fin d'année DDO d'Herschel & Planck.
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